16 septembre 2017

541ème semaine politique: les premières tâches du quinquennat de Jupiter.


 

Où il est question de politique de classe, de novlangue sur la loi Travail, et d'un show médiatique qui fait flop.


Présidence des riches... et des patrons
Oui, Emmanuel Macron est déjà notre nouveau président des riches. L'expression qualifiait parfaitement Nicolas Sarkozy. Dès 2007, l'ancien monarque commet son péché original, un "paquet fiscal" législatif voté dans l'urgence dans l'été 2007. Une loi urgente pour incarner son quinquennat, marquer les esprits et le changement. Ce paquet fiscal comprenait une exonération des heures supplémentaires ("travailler plus pour gagner plus"), la création d'un véritable bouclier fiscal pour les plus riches et la défiscalisation partielle de l'ISF en cas d'investissement dans les PME.

Cette loi TEPA fut non seulement une injustice mais aussi une ineptie, un fiasco économique et politique total au point que Nicolas Sarkozy lui-même fut contraint de la détricoter, sous la pression, pendant son quinquennat. La défiscalisation des heures supplémentaires, qu'Emmanuel Macron envisage de rétablir, avait provoqué une chute des embauches en France avant même la crise de 2008. 

Une décennie plus tard, Jupiter suit les pas de Nico 1er. Sa loi Travail, votée sans débat parlementaire sur son exact contenu, ne comprend pour l'essentiel que les mesures patronales les plus inégalitaires que la Vème République ait connues: suppression de la représentation syndicale dans les entreprises de moins de 50 salariés, fusion des instances du personnel, plans de départs simplifiés, ruptures conventionnelles collectives, et, last but not least, l'ignoble "contrat de projet", un CDI révocable à souhait.

La loi Travail est à Jupiter ce que la loi Tepa fut à Sarko, une première tâche, indélébile, qui marque déjà le quinquennat.

La seconde phase de cette présidence des riches sera la quasi-suppression de l'ISF (3 milliards d'euros, soit environ 15 fois l'économie recherchée en rognant 5 euros d'APL mensuels aux étudiants) et l'abaissement à 30% de l'imposition de tous les revenus du capital (alors qu'Hollande avait fait réintégré ces revenus dans l'imposition normale, et plus élevée pour les ménages concernés, des revenus du travail).

Les (précis) Décodeurs du Monde confirment: "les grands gagnants seront par définition les plus aisés, puisque ce sont eux qui verront leur taux d’imposition du capital baisser le plus fortement."

Le show à Saint-Martin
Mardi, jour de manif contre cette loi Travail. Macron décolle pour les Caraïbes, une semaine après le cyclone IRMA qui a tout détruit dans les îles de Saint  Martin et Saint Barthélémy.

On connait la tactique. En 2011, Sarkozy avait choisi le jour de la primaire socialiste pour se montrer en Libye. Les ficelles sont les mêmes. Macron pouvait partir le 11 ou le 13, il a choisi le 12, pour les journaux radio-télévisés.

Macron part avec "du matériel et du renfort". Il ne manque que le sac de riz. Le story-telling est en place. Dans une île ravagée, Jupiter couche "comme les habitants", "lit de camp et toilettes au seau", confient les communicants de l'Elysée, avec de multiples détails pour les journalistes présents sur place. Le message tourne en boucle dans les journaux radiotélévisés, Macron est au plus proche des gens: "À Saint-Martin, Macron voyage à la dure et l’Élysée veut le faire savoir" titre le premier quotidien régional du pays.

Patatras... Sur place, Jupiter rencontre surtout des gens vraiment en colère à qui ... il fait la leçon. Et puis, évidemment, il n'a pas dormi dans un lit de camp.

En France, souvent sous la pluie, quelque 400 000 manifestants font savoir leur désaccord avec la loi Travail que Macron fait passer en force. Avec la CGT, SUD et quelques autres syndicats, des représentants de FO et de la CFDT, Jean-Luc Mélenchon (à Marseille), Benoît Hamon (à Paris), des socialistes et des écologistes, ce premier mouvement commence à rassembler. 

Ce n'est pas le fiasco annoncé malgré une division de l'opposition assez stupéfiante.

Edouard Philippe explique, le soir au JT de France 2, que "chacun a le droit de manifester. Mais la légitimité démocratique s'appuie sur le vote par le Parlement de la loi d'habilitation." Sur les ondes et les réseaux, la novlangue fait fureur. Parlons-en de cette loi d'habilitation. Certains, dont le PM, voudraient nous faire croire que cette loi votée par le Parlement est en fait la réforme du Code du Travail elle-même. Il n'en est rien. Cette loi habilite simplement le gouvernement à faire quasiment ce qu'il veut - ce qu'il a fait d'ailleurs. Elle l'autorise, sans examen ni vote parlementaire,  à aménager "les délais de contestation d'un accord collectif", à exonérer les TPE et PME des bénéfices des accords de branches, à redéfinir les conditions de contestation d'un licenciement, à modifier les conditions de représentation des salariés dans les entreprises, ou à supprimer l'obligation d'accord syndical ou modifier "les modalités d'appréciation du caractère majoritaire des accords ainsi que, le cas échéant, en aménageant le calendrier et les modalités de généralisation de ce caractère majoritaire".

Belle démocratie...

La novlangue sur la loi Travail
En visite à Berlin le surlendemain, le premier ministre évoque l’adaptation nécessaire du code du travail "aux nouveaux besoins", des besoins qui ressemblent furieusement à ceux du Comité des forges au XIXème siècle: disposer d'une main d’œuvre flexible, docile et moins chère. Philippe loue le "miracle allemand" comme hier Sarkozy allait s'agenouiller devant Merkel. Ces gens ne comprennent rien, ne retiennent rien, du moment qu'il s'agit de défendre des intérêts qui demeurent de classe. Edouard Philippe n'avait pas lu les propos d'un économiste allemand, Christian Odendhal, publiés quelques jours plus tôt, à propos du fameux miracle:  "la modération salariale en Allemagne a eu des effets négatifs pour l'Europe. Des salaires plus bas se sont traduits par une consommation et des importations plus faibles. En conséquence, l'Allemagne (accumulant des surplus extérieurs) a exporté du capital – lequel a contribué à nourrir les bulles immobilières et l'endettement ailleurs en Europe."

Il n'y a de modèle allemand en France que pour quelques groupes puissants. L'un de leurs représentants a révélé son mépris pour la chose publique en commission parlementaire. Le député insoumis François insoumis est resté stupéfait devant la morgue et le silence de l'un des héritiers Bigard, numéro un français de la viande, propriétaire de marques qu'il faudra donc boycotter désormais avec plaisir (Socopa, Charal).




Tous les arguments sont entendus pour défendre cette loi Travail, tous sauf l'essentiel: mais quels avantages les salariés vont-ils retirer de ce grand retour en arrière ? On nous explique que c’est l’application d’une promesse présidentielle, ce qui est faux - jamais Macron n'a détaillé le contenu de sa loi Travail ni même ce qu'il avait précisément en tête avant de le présenter aux syndicats en juin dernier. On accuse l'opposition d'être faible - ce qui est vrai, elle est désorganisée, elle se dispute sur des querelles d'agenda et de leadership. Mais cela ne signifie en rien que cette loi est bonne et juste. On ment quand on explique que cette loi a été négociée (ah bon ? Macron a négocié son propre programme...). Elle ne sera même pas débattue par nos élus nationaux alors que Macron dispose d'une majorité écrasante à l'Assemblée.

On argumente surtout qu'il a gagné les élections présidentielle et législatives et qu'il est donc légitime à appliquer le programme qu'il veut. On ignore l'abstention, le très faible score de Macron au premier tour présidentiel. La Vème République est un régime qui permet ces holdups démocratiques. L'application stricte du programme d'un candidat qui n'a rassemblé que 20% des suffrages inscrits démontre la vacuité démocratique de ce régime.

Faut-il s'en réjouir ? Faut-il l'ignorer ?

Jeudi, Paris vit une catastrophe attendue. Non pas le énième attentat, heureusement raté, contre un courageux soldat de l'opération Sentinelle, ni la sortie du énième iPhone qui cette fois coûte plus cher qu'un SMIC; mais la confirmation que la ville-lumière a  été retenue pour organiser les Jeux Olympiques de 2024. La capitale s'en remettra-t-elle ? Jupiter reçoit Sarkozy et Hollande, et la mairesse de Paris, toute fatiguée d'un aller et retour sans surprise à Lima pour recueillir ce résultat.
"Paris accueille les jeux alors que toutes les autres villes candidates se sont désister. Ça c'est Usain Bolt qui remporte le 100 m alors qu'il est parti tout seul. Donc le type qui franchit la ligne tout seul en levant les bras c'était nous"  Charline Vanhoenacker, France inter.

Macron en signature
Vendredi, Jupiter convoque journalistes, photographes et cameramen pour se faire filmer en train de ... signer un texte de loi, celui sur la moralisation. Il n'a pas osé invité Richard Ferrand. Même Sarkozy n'avait pas osé. Macron singe Trump avec le même ridicule, ce même souci égocentrique de montrer qu'il "maîtrise" la situation, qu'il "agit" sur le monde réel. Ce spectacle est l'un des plus ridicules que la République ait connu. Mais au fond, Macron a effectivement des pouvoirs surpuissants parmi toutes les démocraties occidentales.

Malgré le tweet de Jupiter lui-même ("nous l'avons fait"), cette loi de moralisation laisse de côté quelques évidences qui gênaient la Macronista: Macron s'est bien gardé d'interdire aux députés d'abandonner leur activité de conseil, l'indemnité parlementaire n'est pas fiscalisée. Exit aussi la promesse de supprimer le régime spécial des retraites des parlementaires. (A ce propos, la révélation que Laurent Wauquiez ait pu cotiser à un régime de retraite public pendant 13 ans pour un poste qu'il n'occupe pas est cocasse et indécent. Le vrai cancer social, c'est lui.)

Bizarrement, Macron n'a invité aucun photographe pour la signature de la loi d'habilitation autorisant le gouvernement à réformer par ordonnances le Code du travail. 
Cette loi, qui autorise le gouvernement à s'affranchir de tout débat parlementaire, est publiée au JO le 16 septembre.

Souvenez-vous de cette date.


Ami macroniste, où es-tu ?